Autour d’une représentation de la classification Dewey, quelques bribes sur l’organisation des connaissances humaines

Cohérence et logique de la classification décimale Dewey. Gérard Martin, compilateur ; J. Ant. Pelletier, réalisateur. © Ottawa, 1947. Grossir l’image.

Nous partirons du “mandala” ci-dessus. Il s’agit d’une représentation de la classification Dewey. Il fusionne deux conceptions de l’organisation des savoirs.

Facultés de l’entendement et tripartition des savoirs

Il peut d’abord être mis en relation avec le Système figuré des connaissances humaines proposés par l’Encyclopédie de Diderot et de d’Alembert, qui divise le savoir humain selon les facultés de l’entendement que sont la mémoire, la raison et l’imagination.

Il s’agit d’un héritage direct des conceptions de Francis Bacon. Dans The Advancement of Learning (1605, Livre II) et De Dignitate et Augmentis scientiarum (1623), ce dernier fonde la connaissance sur l’entendement de l’homme, siège du savoir, et distribue les sciences selon les facultés de l’entendement : l’histoire pour la mémoire, la poésie pour l’imagination et la philosophie pour la raison.

Extrait de l’édition établie par William Aldis Wright (Oxford, Clarendon Press, 1868 puis 1926). Grossir l’image

A noter que cette tripartition est représentée sous la forme d’un arbre faisant écho à certaines représentions médiévales des savoirs.

Le cercle encyclopédique des connaissances

Graphique réalisé sous la direction de Ruby Ethel Cundiff (1890-1973). Extrait d’un ensemble créé pour une série d’affiches dans les années 1930 et 1940 par la Peabody College for Teachers School of Library Science de l’Université Vanderbilt à Nashville, Tennessee. Autres publications de cet auteur.

A cette représentation tripartite se superpose le cercle des connaissances de Thomas d’Aquin et tant d’autres auteurs. Dans un article cité plus loin en bibliographie, Éric Letonturier écrit à ce propos :

« Harmonia mundi », « encyclie », cyclopédie, « galliade », etc. Nombreuses seront pendant la Renaissance les appellations et variantes autour du projet de constitution d’un savoir total où le cercle, comme symbole de concaténation, de clôture et de hiérarchie, gardera à chaque fois son pouvoir structurant. Du Bellay parlera de ce « rond de Sciences que les Grecz ont nommé encyclopedie » tandis que dans De arte cyclognomica (1569), C. Gemma inventera une « méthode circulaire » permettant de tout connaître, et R. Fludd, un ars rotunda(1).

The Circle of Knowledge, jeu publié en Angleterre par John Passmore vers 1845. Plus d’informations. Grossir l’image.

Cette conception est restée en vigueur jusqu’à une époque récente. Un exemple nous en est donné au XXe siècle avec The Circle of Knowledge: A Classified, Simplified, Visualized Book of Answers édité en 1917 sous la direction Henry W. Ruoff, ou avec le graphique (ci-dessus à droite) réalisé sous la direction de Ruby Ethel Cundiff (1890-1973).

Directement issu de cette représentation en cercle, celle en pétale, dont nous pouvons voir les prémisses dans un jeu publié en Angleterre par John Passmore vers 1845, The Circle of Knowledge (ci-contre à gauche), et que nous pouvons rencontrer ici et .

Enfin, dans dans la figure ci-dessous extraite du site Thoughtfarm, le cercle se combine avec d’autres formes géométriques (carré, triangle, octogone…) où les connaissances forment un réseau complexe.

Grossir l’image.

D’autres organisations des connaissances existent ou ont existé, se référant à l’arbre, au tableau, au réseau… J’y reviendrai peut-être. En attendant je vous propose cette micro-bibliographie

Amorce de bibliographie

Widad Mustafa El Hadi et Ismaïl Timimi, “Organisation des connaissances : approche historique et critique des classifications des savoirs”Histoire de la recherche contemporaine [En ligne], Tome X – n°2 | 2021.

André Hayen. “Le «Cercle» de la connaissance humaine selon saint Thomas d’Aquin”, Revue Philosophique de Louvain, n° 44, 1956, p. 561-604.

Éric Letonturier. “Petite géométrie des savoirs encyclopédiques : cercle, arbre et réseau”, Hermès, La Revue, n° 66, 2013, p. 46-53.

Raphaël Sandoz. “La classification des sciences au regard des dispositifs schématiques : arbre, tableau, cercle”, Actes du colloque Matières à raisonner, sous la dir. de Françoise Briegel, 2022.

Naïs Virenque. “De l’arbre à l’arborescence : mémoire et matérialité des raisonnements du Moyen Âge à l’époque moderne”, Actes du colloque Matières à raisonner, sous la dir. de Françoise Briegel, 2022

Jean Stouff
Jean Stouff
Bibliothécaire à la BU des Deux Lions de l'université de Tours. Ancien étudiant d'histoire à l'université de Provence - Aix-Marseille… Lire la suite

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Jean Stouff (8 janvier 2024). Autour d’une représentation de la classification Dewey, quelques bribes sur l’organisation des connaissances humaines. Biblioweb. Consulté le 3 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/vjus


2 réflexions sur « Autour d’une représentation de la classification Dewey, quelques bribes sur l’organisation des connaissances humaines »

  1. Bonjour,
    Je trouve l’illustration présente en tête d’article très intéressante, et souhaiterais remonter à son origine. Cependant, le lien Facebook est cassé et une recherche internet de l’image ou de la légende renvoie uniquement à votre blog.
    Pourriez-vous m’indiquer la référence de l’ouvrage dont, j’imagine, elle a été tirée ?
    Merci !

  2. Bonjour,

    En fait ce document nous avait été distribué en 1994 à moi et mes camarades bibliothécaires du temps où nous étions en formation à l’Institut de formation des bibliothécaires. Les seules références que j’en ai sont celle inscrites sur le document lui-même :

    Cohérence et logique de la classification décimale Dewey. Gérard Martin, compilateur ; J. Ant. Pelletier, réalisateur. © Ottawa, 1947.

    La formatrice qui intervenait sur les classifications et notamment la Dewey,ne nous avait pas donné plus de précisions à ce sujet.

    D’ailleurs, je me souviens que j’avais déjà reçu ce même “mandala” l’année précédentes par mes formateurs du CAFB et DEUST-Métiers du livre à Marseille. C’est dire qu’il circulait déjà bien dans le milieu des bibliothèques.

    Je me rappelle avoir cherché en vain plus d’informations sur Gérard Martin et J. Ant. Pelletier quand j’ai réalisé cette chronique. Il s’agit vraisemblablement de Canadiens francophones.

    Bien cordialement,

    Jean Stouff

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